La grande audition

Je suis une grande rêveuse. Dans la vie je veux dire. Je l’ai toujours été. Ma mère me disait tout le temps « tu rêves en couleurs ». Parfois, ça frise la folie, la déraison même. Inconsciemment, je tente peut-être de recréer à la fois la fantaisie, l’absurdité ou encore l’étrangeté de mes rêves, oubliés au petit matin. Qui sait! 

Je rêve pour alimenter mon quotidien, pour estomper la normalité. L’ailleurs représente le rêve ultime. Les eaux du changement ne me font pas peur. J’y nage plutôt bien. Et quitter le pays m’importe peu. À mes yeux, le chez-soi se construit davantage autour du bien-être et du style de vie. Moins autour de l’appartenance à sa nation. Il se trouve donc que ces deux dimensions je les retrouve au chaud, près de la mer, dans une nature abondante. 

Vivre dans un pays chaud et y opérer un guesthouse. Quel rêve cliché me direz-vous? Peut-être. Mais oser le réaliser, saisir l’opportunité qui se présente à toi n’est plus de l’ordre de l’imaginaire. C’est le réel qui te frappe de plein fouet. Qui te réveille. Et comme tout rêve peut vite se transformer en cauchemar, mieux vaut connaître les zones grises. Celles qui nous échappent. Quand on se laisse trop facilement enchanter. 

Pendant huit mois je me suis approchée du rêve. En le regardant en face, en l’affrontant au quotidien. Ça n’a pas toujours été facile. Je dois l’admettre. Des moments de découragement il y en a eu. Mais se réveiller au paradis à tous les matins compense pour tous ces instants. Ce qui ressort de cette aventure c’est la résilience. Apprendre à vivre le moment présent. Saisir à bras le corps la peur, l’angoisse, la frustration, l’inconfort, l’incompréhension et parfois même la tristesse. Pour enrichir sa pensée, pour apprendre à mieux apprécier les instants heureux. Surtout, pour cultiver l’humilité. Comme quoi rien n’est parfait dans la vie. N’importe seulement que la façon de l’aborder.

Avec le recul, les désagréments que j’ai vécu sont futiles. Sur le moment, par contre, leur impact sur le moral est considérable. L’approvisionnement aléatoire et les fuites d’eau, les invasions de fourmis, les coupures de courant imprévues, les problèmes domestiques, les ravages de la saison des pluies, l’état lamentable des routes, les multiples bris mécaniques sur la voiture et les journées d’attente au garage qui s’en suivent. 

Aujourd’hui, je rigole bien de tout cela. Parce qu’au final, les souvenirs qu’il me reste de mon immersion sont loin d’être amers. Me reste plutôt toutes les parcelles de bonheur et de bien-être qui, additionnées, valent bien plus que l’ensemble des tracas que j’ai affrontés. La chaleur et le soleil. Les plages, le surf, le snorkelling. Les singes hurleurs, les oiseaux, les papillons, les tortues. La gentillesse des costaricains, leur sourire. La simplicité de la vie. Le yoga de fin de journée, avant d’aller retrouver le coucher du soleil et les vagues. La tombée du jour. La fraîcheur des fruits et légumes. L’accès à des poissons et fruits mer pêchés à la demande. Les journées passées à cuisiner et à faire du pain. Les moments de complicité avec nos amis et leur deux filles. L’accueil des touristes. Les soirées entre expatriés. Et je pourrais continuer. Parce que je pourrais multiplier par mille toutes les secondes de sérénité ressenties lors de ces huit mois passés à Playa Avellanas à auditionner pour mon grand rêve.

C’est à toutes ces raisons que je dois cette décision de quitter la maison. Dans nos sociétés modernes, la vie est plus facile, plus aisée. J’en conviens. Mais elle est aussi bien mécanique. Les soucis du quotidien sont plutôt liés à son rythme accéléré. On ne prend plus le temps. Tout doit aller vite, tout doit être efficace. On ne tolère pas l’attente, ni les problèmes. La patience est une denrée rare. La résilience encore plus.

Ce que je me suis rendue compte en goûtant le rêve, c’est que ces saveurs sont beaucoup plus complexes. Le rêve n’est plus seulement de vivre au soleil, dans un pays exotique et d’y opérer un guesthouse. Le rêve, c’est la vie chargée de sens qui s’y rattache. C’est la notion du temps qui se dilate. C’est l’attention portée aux petites choses qui s’éveille. 

C’est la vie qui se calme et qui, au rythme des vagues apaisantes et du vent chaud qui souffle, finit par s'assoupir. Pour que le rêve ne finisse jamais.

Poursuivez votre exploration

Décider de s'expatrier

Lire d'article

Étrangère

Lire d'article

Quand le sentiment de culpabilité s'installe

Lire d'article

Être chez soi, ailleurs

Lire d'article

Mi casa

Lire d'article

Une vie verte et une plage couleur noisette

Lire d'article

Je m'appelle Joëlle et je suis une expat basée à Playa Avellanas au Costa Rica. Je partage mes réflexions d'étrangère et j'écris sur la vie que j'ai choisie, celle dont j'ai tant rêvée. Suis-moi dans cette belle aventure et découvre ton étrangère à toi.